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10 juin 2008 2 10 /06 /juin /2008 10:15
Dernière lettre de Marine...

« Jules,

Es-tu retourné dans le cabaret de St Germain? Suis-tu encore les quais?... Le pont
Mirabeau où « coule la Seine...et nos amours faut-il qu'il m'en souvienne... ».
As-tu enfin écrit ce livre auquel tu tenais tant? Les pierres te parlent-elles encore?
Quand les arbres et les veines des rochers te disent leur histoire?

Je me souviens ... Parfois, tu brisais, pour le réduire en poussière,un bloc de minerai,
pour découvrir dans le pailleté des éclats un signe de ce Dieu dont on te disait au
Cathéchisme que son esprit habite tout.
Je me souviens encore... Tu pleurais de rage et de déception devant le silence des
choses.
Te rappelles-tu enfin, quand, à la messe, les bigotes revenaient de l'autel en mastiquant
l'hostie? Tu attendais toujours que ce Dieu qui les habitait les transfigure un instant,
Mais rien, jamais, ne dérangeait l'habitude.
Je les vois , comme tu les voyais, marchant toujours de la même façon, les yeux
baissés, leurs bouches durcies , les mains croisées sur le ventre...

Je repense à Béatrice, la jeune fille du Château, qui ressemblait à s'y méprendre aux
jeunes filles de Botticelli. Il faut que je te le rappelle, si tu l'as oublié, qu'une fois, à
la Sainte Table, c'est elle qui t'a tendu le plateau en or que l'on utilisait alors pour la
communion. Te souviens-tu de sa main frôlant la tienne? Tu t'étais retourné pour la
voir et son image était restée en toi au moment où le prêtre déposait l'hostie sur le
bout de sa langue. Ce souvenir t'avait obsédé longtemps et tu craignais pour ton âme.
Quels tourments avais-tu endurés!
Le soir quand tu disais tes prières, c'est elle que tu voyais, ses paupières mi-closes...
ses lèvres surtout!

Puis, il y avait aussi Marguerite. Elle t'apprenait la musique. Elle devait avoir environ
vingt-cinq ans et tu la trouvais très belle. Marguerite avait une curieuse façon de se
balancer sur son siège. Elle poussait des soupirs que tu ne comprenais pas, et, soudain,
son visage se crispait... ses yeux restaient fixes, et, la bouche entrouverte, elle te
disait alors de regarder au-dessus de la croix, suspendue au mur, le battement d'ailes
d'un ange...

Te souviens-tu? Quand tu penses à la terre de là-bas, à la mer que tu aimes tant :
Maguelonne où tu allais souvent.

Regardes-tu encore le jour se lever sur les tours de Notre-Dame? Es-tu retourné à St
André des Arts? Tu aimais tellement l'ardeur de l'ombre dans les églises, la lumière
tremblotante des cierges, qui te faisaient souvent regretter de ne plus savoir prier.

Suis-tu encore des yeux le brouillard du matin sur la Seine? Es-tu à nouveau entré
dans le jardin du Luxembourg, t'asseoir sur ce banc près du buste de Baudelaire?
Tu savais si bien, presque par cœur « les Fleurs du Mal ». Tu te récitais « L'albatros »
ou « La vie Antérieure », et ce recueillement que tu trouvais sublime : « Sois sage, Ô
ma douleur, et tiens-toi plus tranquille.. ».

Je suis encore tes pas à travers les chemins de montagne. Tu aimais te promener,
t'asseoir contre une haie et fumer une cigarette comme si c'était toute une affaire.
Tu y rencontrais parfois des bergers et tu t'arrêtais dans des champs avec leurs
pierres plantées, ou bien auprès des sources miraculeuses, des vieux chênes avec le
rond des sourciers où l'herbe est toujours verte.
Tu avais même écrit une histoire sur ton village natal. Beaucoup de merveilleux et
de légendes. Poésies des choses profondes qui affleurent aux ruines des châteaux,
des monastères, des chapelles ou de vieux arbres...

C'est nuit maintenant. Je sens sur ton visage le vent qui souffle fort,
tout ébouriffé de grésil. Et quand les nuages s'ouvrent, tu peux voir
les pentes de l'Aigoual, blanches de neige...

Tu vois, je n'ai rien oublié, et même si je t'ai balayé de ma vie, et
même si ton absence - celle que j'ai voulue en te quittant - m'est
douloureuse.
Dire que je me croyais assez forte pour te partager avec une autre.
Quelle erreur! C'était sans comprendre combien mon amour était
trop intense pour supporter cela.
Je vais m'effacer... Le dernier après-midi où nous nous sommes vus,
lorsque je t'ai demandé de prendre une décision et de faire un choix,
tu as été incapable de prononcer un mot et je t'ai trouvé faible et
lâche. Alors, ce fameux courage, celui dont tu manques tant, c'est
moi qui l'aies eu, pour toi, pour nous.
Je me suis éloignée sans me retourner, tandis que le chagrin et la
déception me submergeaient et me chaviraient.
Ce n'est pas avec toi que je ferai le chemin, aurai des enfants , et
partagerai bonheur et chagrins.
Aujourd'hui, le temps est venu de te dire que je ne reviendrai pas.

Marine. »

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