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  • : Le blog de katherine
  • : poèmes et écrits... au gré de mon humeur... pour qui voudra les lire, s'y trouver ou s'y retrouver
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Texte Libre

Pour écrire en prose il faut
absolument avoir quelque
chose à dire ; pour écrire
en vers, ce n'est pas
indispensable.
Louise Ackermann

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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 15:36
J'étais adolescente et lui n'avait que quelques années de plus que moi, à peine.
Il conduisait une drôle de voiture, un peu cassée, un peu abîmée,celle qui
faisait si peur à ma mère lorsque je m'y engouffrais.

Nous nous étions connus par des amis communs. Je sortais d'une période
de bouleversements : plus envie d'aller au lycée, de subir les obligations, les
interdits, etc.. Moi, excellente élève (disait-on), je séchais les cours avec la
désinvolture qui sied si bien à la jeunesse, et le désespoir de ces années-là.

Je ne m'aimais pas. Ni mon corps efflanqué, ni mes traits émaciés, trop grande
pour mon âge, déjà. Je crois que j'étais belle (c'est ce que j'entendais, mais
ne voulais pas écouter). Bref, je n'appréciais rien en moi. Même pas le vert
de mes yeux pailletés d'or, ni ma bouche charnue qui me semblait trop épaisse
et trop rouge. Encore moins mes jambes de sauterelle et mes seins à peine
esquissés. Je me voyais chenille sans oser imaginer devenir un jour papillon.

Je savais simplement que je n'étais pas stupide, et sans vouloir paraître
prétentieuse , je crois bien que c'était là ma seule qualité, tant est que cela
puisse en être une... Mais, je ne viens pas parler de moi, juste m'expliquer.

Donc, il venait me chercher chaque vendredi. Ensemble nous faisions tout
ce qu'il ne faut pas - paraît-il -.Mais braver les convenances nous semblait
si attrayant et jouissif!

Il était beau avec son visage d'ange. Je n'aime pas ce qui est angélique, et si
j'utilise les clichés systématiques, c'est que je n'ai pas d'autres références pour
décrire cette sorte d'ingénuité qui se dégageait de ses traits.
En réalité, il portait les pires souffrances en lui, et les stigmates d'un passé
lourd de souvenirs d'une enfance pétrifiée, si peu réjouissante.

Il me tenait par la main quand nous écoutions de la musique, celle des années 70.
Nous nous laissions aller doucement de par les sons et les chansons porteuses
d'espoirs mais également de tristesses infinies. Ce n'était pas tout à fait la
musique de notre génération, mais celle de nos parents, peu importe, c'était
celle que nous aimions et qui nous correspondait.

Notre relation se réduisait à quelques sourires échangés et baisers furtifs,
comme pour préserver cet état de grâce.

« Tu es si jolie... » , m'avouait-il entre deux accords de guitare.
Je ne le croyais pas vraiment. Enfin, peut-être si un peu quelque part.
C'est simplement que je n'étais pas prête à entendre cet amour-là, à cet
instant précis. Moi, je rêvais de partir faire ma vie en Grande-Bretagne, et
en égoïste que j'étais, je me carapaçonnais, ne l'écoutais que peu ou prou.

Dans mon entourage, je m'entendais dire que ce garçon sans aspiration
n'était pas la personne qu'il me fallait... Comme si tout devait être utile!
Ils ne me parlaient pas de correspondance mais de convenances.

Ce garçon qui m'aimait et dont je ne percevais pas cette affection et cet
attachement puissant, parce que jamais totalement exprimé, ou du moins
tout en nuances.je lui ai avoué un soir de dimanche que j'allais m'en aller
pour deux mois en Angleterre.
Que n'avais-je dit là? ... J'avais prononcé ces paroles dans l'insouciance
De la jeunesse, par inconscience et dans la fougue de mes quinze ans.
Sans penser à mal, sans en saisir la portée.

Le vendredi suivant, il n'est pas venu me chercher.
Mon père est arrivé dans ma chambre pour me dire qu' « il » ne viendrait plus.
Le jeune homme qui m'aimait,sans que je le lui rende tout à fait en
retour,s'était tiré une balle de fusil en plein cœur, le soir où nous
nous donnions d'habitude rendez-vous...

Je n'ai pas eu la force, en lâche que j'étais, d'assister à son enterrement.
Je suis restée, là, à pleurer sur mon lit, durant des heures multipliées en jours.
Coupable que j'étais, responsable aussi de ce que je n'avais pas voulu
voir ni comprendre.

J'allais devoir vivre avec ceci ,ce poids sur la conscience jusqu'à la fin de mes jours...

Quelques temps plus tard, un ami est passé me voir. Il m'a tout expliqué,
que je ne devais pas me sentir coupable, et que de toute manière, cela
ce serait produit inévitablement. A cause de beaucoup d'autres événements
dont je n'avais pas la clef.

Alors, il m'a emmenée au cimetière,sur la tombe de ce jeune homme qui
m'avait tant aimée.
Je ne voulais pas y entrer. C'était un de ces cimetières de petits villages, avec
des cyprès, et aussi des coins où les fleurs sauvages et le chiendent se mêlent.
Là où personne n'en prend soin.

Il m'a demandé de cueillir quelques coquelicots et boutons-d'or, m'a prise
par la main et vers la tombe mal entretenue nous nous sommes dirigés.
Ensuite, il m'a proposé de danser et chanter parce qu' « il » l'aurait aimé.

Soudain, je ne sais comment j'ai trouvé cette force de chanter « Imagine »
de Lennon.
Nous avons ri et dansé et j'ai su alors que rien n'était de ma faute, que
c'était dû à la vie.

J'ai posé les fleurs sur la pierre tombale, esquissé un sourire puis m'en
suis allée, le cœur lourd et léger tout à la fois.

Mais en moi pour toujours est gravé ce moment, que jamais je ne
pourrai oublier, telles des larmes de sang.

Parfois, j'entends encore le bruit essoufflé de la vieille auto sur
le chemin qui mène à la maison de mes parents.
Il m'arrive de me retourner et de croire apercevoir son visage
d'ange, ses yeux bleus et ses longs cheveux sur sa peau blanche.

Et de l'entendre me dire, moi qui ne suis toujours sûre de rien :
« Tu es si jolie... ».

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commentaires

J
Dans sa lettre à un jeune poète, Rainer Maria Rilke écrit quelques phrases :
"Vous vous demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez à moi. Vous l'avez déjà demandé à d'autres. Vous les envoyez aux revues… Désormais (puisque vous m'avez permis de vous conseiller) je vous prie de renoncer à tout cela… Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n'est qu'un seul chemin. Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s'il pousse des racines au plus profond de votre cœur… Mourriez-vous s'il vous était défendu d'écrire …. Creusez en vous-même vers la plus profonde réponse, si vous pouvez faire front à une aussi grave question par un fort simple "je dois". Alors construisez votre vie selon cette nécessité."
Répondre
J
Très beau texte, émouvant et parlant.
L'écriture a su traduire un vécu.
Répondre
C
C'est avec énormément d'émotion que j'ai lu ce texte.
J'aime ton écriture qui m'a transportée jusqu'à l'adolescence, la mienne, la même révolte, la même provocation et les mêmes doutes...
Je ne crois pas que tel drame vécu à cet âge là ne puisse pas laisser quelques séquelles à l'adulte que tu es devenue et l'évacuer par l'écriture est sans aucune doute la meilleure thérapie. Alors à te lire !
Amicalement. clo
Répondre
K


Certes, on ne sort pas indemne d'une telle histoire, mais c'est ce qui
permet aussi de poursuivre le chemin et de croire en une suite quasi-
favorable. Personne n'est tout à fait parfait, pas vrai?
Vivre avec et penser aux lendemains.
Amicalement



C
Il est très émouvant ton texte ...
tout comme le reste de ton blog.
je ne suis guère familiarisée avec les rédactions de commentaires sur un blog ...
aussi je ne sais trop que dire ...
si ce n'est bravo d'avoir eu le courage infini de prendre ta plume en main.
bien à toi
cat
Répondre
K


Bonsoir,
Tu as dit ce qu'il fallait et je te remercie infiniment.
Avoir apprécié ce texte qui me tenait tellement à
coeur est stimulant et réconfortant.
Merci aussi de trouver mon blog émouvant, ce sont
les mots que j'attendais.
Je vois que tu n'as pas de site. J'espère te retrouver ici
bientôt.
Amitiés