poèmes et écrits... au gré de mon humeur... pour qui voudra les lire, s'y trouver ou s'y retrouver

Je t'écoutais me narrer ta vie
Les yeux écarquillés, chavirée.
Papé, allez! Explique, dis!
Toute à apprendre, étonnée.
Tu parlais de l'allumeur de réverbères
Du poste radio à galène
Du cinématographe des frères Lumière
Du dirigeable à hydrogène.
Pergaud, Doisneau, Artaud
Piaf la môme, Fréhel la réaliste
Cocteau, Picasso, Garbo
Duchamp, Man Ray et les dadaïstes.
De la guerre, du maquis,des résistants
Des tickets rationnement, privations
Des rafles, de l'étoile jaune, des camps
De la liesse au jour de la Libération.
Sarah Bernhardt et sa jambe en bois
Le quartier de Montmartre, Pigalle
La rue théâtreuse de Quincampoix
Le Moulin-Rouge, Arletty, Ouvrard.
La dictée de Mérimée, les pupitres
L'encre violette, les leçons de morale
Les bérets et les blouses si grises
Les goûters en tartines de pain noir.
Ton premier amour, les tremolos
Les congés payés, la dauphine
Les gauloises en dessin de Giot
La naissance de ta fille, divine.
Puis, soudain, tu te taisais
Les yeux de larmes chargés.
Pour te ressaisir, tu chantais
Afin de me réconforter.
Je caressais ta main tachetée, ridée
La mienne toute jeune, nouvelle,
Ce que j'aimais tes plis, ta peau fanée
Et ton regard à la beauté fraternelle.
Tu me manques grand-père
Ta voix, tes gestes, tes histoires...
Un jour, je deviendrai grand-mère
Et transmettrai à mon tour la mémoire.
J'avais envie de publier à nouveau ce poème en pensant à mon grand-père
que je n'oublie pas en ce jour anniversaire.